La Coface, assureur crédit international des entreprises, réagit au phénomène DeepSeek, la startup chinoise de l’IA qui concurrence ChatGPT. Le marché est chamboulé et cela pourrait être bénéfique aux européens.
Une menace sur des centaines de milliards investis en IA
C’est une secousse qui a traversé les marchés financiers, lundi 27 janvier. « La startup chinoise DeepSeek a développé un nouveau modèle open-source et à faible coût qui laisse certains analystes sceptiques mais pourrait menacer des centaines de milliards investis dans l’infrastructure de l’IA » résume Coface.
« Ce qui distingue ce modèle, au-delà de ses performances, c’est son coût de développement remarquablement bas, estimé entre 5 et 6 millions de dollars – une fraction des sommes investies par les entreprises américaines comme OpenAI ou Meta » poursuit l’organisme.
Des milliards de capitalisation boursière perdus
La Coface pointe un impact immédiat sur les marchés financiers avec Nvidia (-17% et près de 600 milliards de dollars de capitalisation boursière perdue) et Broadcom (-17%) et aussi les fournisseurs de services tels qu’Oracle (-14%), et les fournisseurs d’équipements pour les centres de données tels que Cisco (-5%).
Le modèle Open Source de Deepseek retient l’attention de Coface. « Contrairement à la plupart de ses concurrents, DeepSeek a choisi de rendre son modèle libre d’accès et modifiable sous l’une des licences open-source les plus ouvertes. Cette décision pourrait transformer radicalement l’écosystème de l’IA » réagit Coface. Cela permet à un grand nombre d’acteurs, au-delà des frontières chinoises, d’utiliser cette approche frugale de l’intelligence artificielle.
Des architectures ouvertes favorisent l’innovation
Coface cite des précédents historiques tels que les normes compatibles IBM PC dans les années 1980, le navigateur web Mozilla Firefox dans les années 2000, le système d’exploitation Android dans les années 2010 qui montrent que les architectures ouvertes ont souvent favorisé l’innovation tout en abaissant les barrières à l’entrée pour les nouveaux venus sur le marché.
Coface ajoute que DeepSeek remet en question l’hypothèse dominante selon laquelle la performance des modèles d’IA s’améliore avec l’augmentation des paramètres, des données utilisées pour l’entrainement des modèles et de la puissance de calcul mise en oeuvre.
Risque de surcapacité dans les puissances de calcul
Il va falloir voir si le modèle de DeepSeek va essaimer et satisfaire à bon nombre d’applications de l’intelligence artificielle générative à moindre coût. Si c’est le cas, « les capacités de calcul considérables actuellement en cours de construction pourraient devenir excédentaires, provoquant une baisse des prix et une réévaluation des stratégies d’investissement dans l’IA » analyse Coface.
Une réduction de la demande des équipements pourrait précipiter une crise de surcapacité, entraînant une réévaluation de toute la chaîne de valeur de l’IA, pour l’industrie des semi-conducteurs, des services Cloud, et des centres de données.
Réévaluation des valorisations des entreprises de l’IA
Selon Coface, à court terme, les marchés doivent se préparer à une période de volatilité, les investisseurs réévaluant la valorisation des entreprises impliquées dans l’IA. Les géants de la technologie comme Nvidia, Broadcom, et ASML, à la pointe des technologies les plus avancées, pourraient connaître une baisse soutenue de leur valeur.
Les risques touchent également les fonds de capital-risque et les investisseurs institutionnels ayant massivement misé sur l’IA ces dernières années. « Si cette correction s’avère inévitable à court terme, elle pourrait, à moyen terme, créer un environnement plus favorable pour l’innovation, en stimulant des modèles d’IA moins coûteux et plus ciblés » veut croire Coface.
Lien avec le premier ministre chinois
L’émergence de DeepSeek constitue une menace pour l’influence américaine. « Le fondateur de DeepSeek, Liang Wenfeng, opère depuis Hangzhou, une place forte de l’’IA en Chine, et a récemment rencontré le Premier ministre chinois Li Qiang » présente Coface.
L’organisme pense que l’approche frugale de DeepSeek et l’attention médiatique qu’elle a suscitée peuvent être vues comme une réponse stratégique aux restrictions croissantes sur l’accès de la Chine aux technologies avancées des États-Unis. Des modèles d’IA moins chers réduiraient considérablement l’impact des restrictions américaines sur l’écosystème IA chinois historiquement largement dépendant des technologies américaines.
Des coûts de développement non inclus
Ces modèles pourraient également être bénéfiques pour les régions du monde ayant un fort intérêt pour les applications de l’IA, mais une infrastructure d’IA limitée, comme l’Europe. Enfin, il faut interroger les possibles limites de DeepSeek prévient Coface. « De nombreux experts soulignent notamment que ses coûts de développement sont probablement sous-estimés et n’incluent pas les coûts liés au nettoyage des données, aux équipements de réseau, à la consommation d’énergie, aux salaires des ingénieurs en IA et aux ressources open-source » liste Coface. « Le coût total de construction du modèle est donc probablement plus élevé que ce qui est revendiqué » conclut l’organisme.